Nous sommes nombreux (et euses), à nous retrouver tard le soir, acoudé(e)s à une fenêtre, une rembarde, un balcon ou une terrasse, pour fumer une dernière cigarette en attendant celui ou celle qui partage nos nuits.
On se repère de loin.
C’est comme si à chaque bouffée que nous prenions et qui ravive la flamme culminant au sommet de notre tige blonde nous lancions un appel en morse à nos comparses.
On ne se parle pas, on se regarde à peine.
Nous sommes là de passage après un moment agréable, dans l’attente d’un autre, de l’autre.
Nous profitons de quelques minutes de calme à contempler des toits, un jardin, un lac ou une étendue iodée.
Nous n’avons pas besoin d’échanger, mais plutôt d’apprécier.
Nous attendons.
Pendant que l’autre se sépare de ce qu’il a arboré le jour pour plaire à tous et que ce faisant il ou elle ne se prépare à plaire qu’à nous, nous attendons notre tour, tranquillement, calmement, dans la douceur de la nuit.
Nous sommes ramené à la réalité par l’autre, qui nous enlace, grelottant, se joignant à nous quelques instants pour partager le plaisir du silence.
Nous quittons nos compagnons de nicotine non sans un dernier regard, presque complice.
Nous fermons la fenêtre puis le rideau sur l’extérieur sombre et froid pour nous replonger dans la chaleur et la douceur d’un intérieur douillet.
Nous nous retrouverons sans nul doute une autre nuit, douce, pluvieuse, froide ou étouffante, pour quelques minutes seuls, mais à plusieurs.
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