Prospectivite

20 août, 2009

Etude de texte : Siffler sur La Colline

Posté par: Guewen Dans : Etude de texte

Attention jeune homme, jeune femme (ou moins jeune d’ailleurs, on s’en fiche un peu), en préambule de ce billet je préfère te prévenir que je vais donner dans l’entêtant, de quoi te pourrir une journée voire plus à coup de Zaï Zaï Zaï Zaï que tu pourrais m’en vouloir pendant des années.

Ce soir j’ai décidé de m’attaquer à du lourd, du très lourd,  vas pas me demander pourquoi Joe Dassin et pourquoi cette chanson là, tu comprendrais pas. Toujours est il que oui, on va disserter toi et moi autour de son tube Siffler sur La Colline de 1968 (quelle belle année, si tu ne sais pas quoi lire d’ailleurs, plonges toi donc Derrière La Vitre de ce bon vieux Robert Merle).

Je vais te passer l’intro un peu trop guillerette pour être honnête, à base de Woh Oh, qui fleure bon la chanson qu’on chante entres amis autour d’un feu au milieu d’une forêt tellement qu’on est content d’avoir des chemises à carreaux avec des cols pelle à tarte, des pattes d’eph et des coupes de cheveux douteuses (non mais jugez en vous même).

Focalisons nous donc sur le premier couplet :
Je l’ai vu près d’un laurier, elle gardait ses blanches brebis
Quand j’ai demandé d’où venait sa peau fraîche elle m’a dit
C’est d’rouler dans la rosée qui rend les bergères jolies
Mais quand j’ai dit qu’avec elle je voudrais y rouler aussi
Elle m’a dit

Je sais pas vous, mais moi le coup de la peau fraîche j’ai jamais tenté, je garantis pas que ça n’arrivera pas un jour, mais vu comment ça c’est passé pour Joe, je vais quand même éviter.
La demoiselle est quand même plutôt smart, elle répond, avec un certain brin de poésie certes, mais un esprit un peu tordu aura vite fait de se construire des images mentales beaucoup moins poétiques quand on lui parle de demoiselles qui se roulent dans de l’herbe fraiche de bon matin. Mais soit, on est en 1968.
Continuant sur son offensive audacieuse, Joe est quand même sacrément rentre dedans,à la limite du salace j’oserai même dire. On se rend compte cependant que la demoiselle, en plus d’être classe, a un brin de jugeote et surtout pas mal de classe.

Refrain :
Elle m’a dit d’aller siffler là-haut sur la colline
De l’attendre avec un petit bouquet d’églantines
J’ai cueilli des fleurs et j’ai sifflé tant que j’ai pu
J’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue

Envoyer un dragueur hyppi en haut d’une colline cueillir des fleurs pour vous attendre après le boulot, celle là non plus je l’ai jamais tenté, et j’avoue que c’est relativement brillant. Appaté par la perspective alléchante de redescendre la fameuse colline allongé au côté de la demoiselle, en mode roulé boulé, Joe fonce.

A ce stade de l’histoire, on peut s’interroger sur les causes plausibles de la non venue de la bergère.
Pour ma part, j’imagines que la demoiselle était relativement crevée après sa journée de taf, et que la colline, ça l’a un peu saoulé de la monter. C’est un peu simpliste certes, mais on ne me fera jamais monter Montmartre après 10 heures de boulot, surtout si c’est pour être accueilli avec des fleurs qui piquent et des sifflets.

Bref, reprenons, sutout qu’on arrive à un des épisodes les plus obscurs de la musique française de la fin des années 60 :

Zaï zaï zaï zaï.

Mais pourquoi ?
Que se cache t’il derrière ce truc sorti de nul part répété 4 fois, auquel répond un orgue mal accordé ?
La drogue, l’alcool et tout autre source d’inspiration d’un parolier ou musicien (même en 1968), ne suffisent pas à expliciter l’origine de la chose. C’est sans doute là qu’on reconnait le génie ou l’inspiration divine, je m’incline.

Deuxième couplet :
A la foire du village un jour je lui ai soupiré
Que je voudrais être une pomme suspendue à un pommier
Et qu’à chaque fois qu’elle passe elle vienne me mordre dedans
Mais elle est passé tout en me montrant ses jolies dents
Elle m’a dit

Il faut admettre que pour un hyppi, il est teigneux le Joe, il remet ça, et il frappe encore plus fort dans l’allusion scabreuse. Un peu lasse mais polie, elle lui répond par un sourire sans doute compatissant, et le renvoit là haut voir si elle y sera.

Définitivement trop romantique, il y retourne, sans guère plus de succès.

Conclusion : c’est pas parce qu’on part à la campagne draguer de la bergère qu’il faut les prendre pour des chèvres.

Voir aussi :


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Parce que je suis un grand bavard tout seul dans ma tête, et qu'à la fin, j'en ai assez de me demander pourquoi.