Depuis 1 mois, j’ai l’immense privilège de vivre dans un magnifique appartement pour bobos avec celle que tu connais sous le doux nom de la fille aux chaussures rouges.
Je parle de privilège car la voir passer l’aspirateur en chantant « I want to break free », s’émerveiller devant la découverte d’un Picard à côté de la maison ou brailler sur les bobos avinés qui squattent en bas de chez nous à 2 heures du mat sont des moments que je qualifierai de priceless si j’avais un tant soit peu de vocabulaire rosbeef (dieu m’en préserve, je suis bien trop vieux pour ces conneries).
Elle a changé ma vie car aujourd’hui, en vrac :
-Je dois systématiquement baisser la lunettes des WCs (on a même une tirelire sanctionnant la moindre incartade par une amende de 10cts).
-Mes vêtements sont rangés, j’ai même un réceptacle à linge sale (on n’est pas encore tout à fait d’accord sur la notion de sale, à croire que la sensibilité olfactive est un gêne variant fortement d’un sexe à l’autre).
-Je me brosse les dents tous les soirs (fais le malin, moque toi de moi, mais on ne me fera pas croire que célibat et hygiène dentaire font bon ménage).
-Il y a des légumes dans le bac à légumes du frigo, du coup je sais plus où ranger les bières.
-Il y a autre chose que des pates dans le placard à bouffe, et je dois confesser qu’esthétiquement, toutes ces couleurs là, c’est déroutant mais pas moche du tout.
-Mes vieux posters sont dans de jolis cadres.
-Mes collections diverses et variées d’objets un peu douteux (je suis resté un grand enfant) sont fort bien mises en valeur dans des endroits forts discrets (il parait qu’ils sont beaucoup mieux au fond de ces jolis cartons qui eux-mêmes ne sont à leur juste place qu’au fond d’un placard).
-Il y a des plantes et des miroirs un peu partout autour de moi.
-J’ai changé de parfum, suite à la malencontreuse disparition de mon sempiternel Scorpio (là aussi t’as le droit de te moquer), énigme coïncidant bizarrement avec l’arrivée d’un nouveau flacon dont rien que l’emballage vaut déjà 2 ou 3 fois le prix du disparu (va expliquer ça à ton banquier toi).
-L’allégé a pris une place de choix dans mon frigo, laissant par la même un trou béant dans mon budget alimentaire (pareil, mon banquier n’a pas compris).
-Mes cendriers sont vides et migrent chaque soir mystérieusement de la table du salon au rebord de la fenêtre.
-Il y a des gants pour faire la vaisselle et un tas de produits d’entretien estampillés « bio » dans ma cuisine.
-Il y a une balance qui enregistre mon poids (la chieuse) et dont un certain voyant s’illumine tout rouge quand je monte dessus (il faudra que je check le manuel pour avoir la signification précise de cette couleur peu rassurante).
Je suis donc un homme nouveau, il faudrait d’ailleurs redéfinir cette notion « d’homme », parce que je commence à avoir des doutes sur ce machin là qu’est la virilité, mais on fera ça plus tard parce que je lui ai dit que j’en avais pour 20 minutes à écrire ce truc et que ça fait déjà une demie heure, alors bon hein.
Je t’écris ça après une longue absence et même des vacances, des vrais, du genre entre 2 bleus : celui de la Mer Egée et celui du ciel qui n’a pas manqué de l’être.
Grand bien m’en a fait, j’avais pris soin de me doter d’un carnet et d’un crayon histoire de revenir avec de quoi te sustenter en diarrhée verbale, ça a été assez fructueux, j’ai même un projet de nouvelle dans les cartons, on en reparlera.
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