Prospectivite

26 avr, 2011

Avant le Money Time (part 2)

Posté par: Guewen Dans : Allongé(e)s

On continue les aventures de Kevin (promis on donnera un sens à ce prénom un de ces quatres), avec la deuxième et dernière partie du premier chapitre.
Si tu as raté le premier épisode, tu peux cliquer ici, et si tu te demande ce que c’est que cette nouvelle rubrique, tu peux te rendre là.
Cette semaine, si tout se passe bien, une illustratrice talentueuse aura terminé la couv de ma petite nouvelle et tu auras donc droit à un joli PDF à télécharger, j’ai encore rien vu, mais je suis sûr que ce sera formidabilissime (là, elle vient de prendre double pression : le délai et la qualité. C’est aussi ça, de répondre « oui » à une question lancée gentiment par un collègue de théatre).
Ah, et faudra aussi que je te parle de ce projet de court métrage avec un réalisateur chevelu, mais là pour le coup, la pression est pour moi, alors je vais moins faire le malin.

Bastille, ligne 5 direction Bobigny, sept minutes avant le dernier train, la voix féminine robotique rythmant l’attente.
L’important à ce moment là, c’est d’éviter la rame qui contient le groupe particulièrement éméché qui chante des chansons paillardes à tue tête.
Le spectacle est tout de même garanti.
Au choix : le violoniste roumain (parfois Kévin se dit que certains sont très bons, et qu’ un ex soliste d’un grand orchestre d’une obscure république ex-soviétique doit sûrement se cacher derrière un de ces troubadours mendiants), le clodo bourré et endormi dont l’odeur délimite naturellement un périmètre de sécurité et fait changer de rame les plus sensibles, le couple fraîchement formé qui se bécote à tout va, la famille anglaise en K-Way retournant à son hôtel. C’est gratuit, plein de nuances et fort appréciable pour tout parisien un tant soit peu blasé et cynique comme Kévin.

Les épiciers ont tout compris.
Ils se sont massés dans les derniers quartiers que les étudiants et jeunes actifs peuvent s’offrir, c’est à dire de plus en plus près du périph. Ils savourent eux aussi le retour des beaux jours et de la saison des crémaillères en rajoutant quelques euros sur le prix des bouteilles d’alcool que les locaux et leurs amis ne manqueront pas d’acheter avant de monter défier la tolérance du voisinage.
Les 15 minutes entre Bastille et Laumière ont suffi à faire redescendre un peu Kévin, Mathieu et Julien, alors une grande bouteille de Grant et deux de Coca ne seront pas de trop.
30 euros, en liquide, la maison ne prend pas les chèques et encore moins la CB.
L’amateur de drague en close-up qu’est Julien prend une boite de Tic Tac. Les filles n’ont pourtant pas l’air de se soucier de son haleine, ni de la pauvreté de sa tchatche. C’est un putain de beau gosse qui s’entretient à la salle de sport, et ses charmes doivent tellement accaparer la vue des demoiselles qu’elles en perdent l’usage de leurs autres sens.

Benjamin a bien fait les choses, avec invitation Facebook un mois à l’avance, relance avec lien Google Maps et toutes les informations pratiques.
Il a eu le bon goût de ne pas imposer de thème, ça devient rare. Tous les organisateurs de fêtes se sentent obligés d’en trouver un, et on ne dira jamais assez qu’un bon thème pour une soirée, ça demande bien plus qu’une illumination collective sous alcool. C’est un truc à ne pas prendre à la légère, au risque de barber tout le monde. Si Kévin n’a pas encore organisé de soirée, c’est parce qu’il attend d’avoir trouvé le thème ultime, et qu’il prend le sujet très au sérieux.

De toute façon, ils auraient pu trouver l’immeuble en cherchant l’origine de la musique qui ne berçait pas le quartier, déterminer l’étage via les fumeurs amassés aux fenêtres et le mot dans le sas de l’entrée leur aurait fourni les dernières informations.
Quatre étage sans ascenseur, deux minutes à sonner et frapper plus tard, un des colocataires leur ouvrait la porte.
-Salut mec, je suis un collègue de taf de Benjamin, ce produit malté suffira t’il à nous faire rentrer ?
Kévin avait essayé de prendre son air le plus cool et sympa en prononçant cette phrase et en tendant la bouteille de Whisky, Mathieu et Julien souriant béatement derrière. Il l’avait expérimenté pas mal de fois et suivant le taux d’alcoolémie de l’ouvreur, ça faisait au moins sourire. Secrètement, il attendait que quelqu’un rebondisse avec un jeu de mot vaseux sur l’Ile de Malte, en vain.
-Ouais c’est cool, carrément, magnez vous de rentrer, faut pas faire trop de bruit pour les voisins.
Le type devait déjà être un peu attaqué pour ne pas se rendre compte que ça faisait belle lurette que ses voisins le détestaient.
Il les guida jusqu’à la chambre la plus proche dans laquelle s’entassaient quelques manteaux, les sacs de filles et les fumeurs de shit. Ils y laissèrent leurs affaires et le suivirent jusqu’à la pièce principale, bondée, enfumée, bruyante de musique et de dialogues essayant de la couvrir.
-Pour le coca, le frigo est là mais y a plus de bières, y a des gobelets dans ce coin et…
Il chercha un détail à ajouter, comme s’ils avaient besoin de plus que ça. Julien avait déjà commencé le service.
-Et rien en fait, je vais dire à Benji que vous êtes là, have fun les mecs !
Il s’enfonça vers le fond de la pièce, poussa un « wouhou » à son groupe de potes en levant le bras et disparu.

Stratégiquement, Kevin s’était déjà placé à côté du frigo, une clope à la main, l’évier à proximité ferait un excellent cendrier. Julien lui tendit un verre qui avait l’air bien chargé après avoir fait de même à Mathieu, plaça la bouteille à l’abri derrière Kévin, leva le coude pour trinquer et fit cul-sec.
-Je vais faire un tour de repérage, bougez pas.

Ca non, ils ne bougeraient pas.
Pas avant le money time.

Voir aussi :


1 Commentaire pour "Avant le Money Time (part 2)"

1 | aktifimmo.com

juillet 13th, 2012 à 15 h 09 min

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Je suis tombé par hasard sur votre site et je ne comprends pas très bien le but précis de celui-ci. Pouvez-vous m’en dire plus?

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Prospectivite ?

Parce que je suis un grand bavard tout seul dans ma tête, et qu'à la fin, j'en ai assez de me demander pourquoi.