Prospectivite

02 fév, 2010

Des clous

Posté par: Guewen Dans : Note interne

Demain je dirai adieu aux 3 petits clous qui ont aidé pendant 6 mois mon petit peton à reprendre forme humaine suite à une sortie théâtrale peu glorieuse.
L’incident anodin s’est en fait révélé avoir des conséquences bien plus importantes que ce que le ridicule de la circonstance aurait pu laisser présager.

Dans l’heure qui a suivi, il a provoqué la rencontre d’un samaritain barbu et d’une samaritaine taxi G7euse qui depuis convolent ensemble en pleine romance.
Durant les premiers jours de ma convalescence, j’ai pu renouer avec un vieil ami acceuillant, hypersocial de la Motte Picquet, qui m’a mis face à mes doutes existentialistes à tendance prospectivistes, amenant directement à la création de ce blog, débutée dans son salon.
Les semaines d’immobilisme qui ont suivi ont logiquement calmé mes humeurs volages et amorcé une bonne partie des tribulations verbiales que j’ose exposer ici.
C’était aussi l’occasion rêvée de rencontrer Ted Mosby, de parfaire une culture cinématographique défaillante et d’engraisser Amazon aux dépends d’Hadopi (oui, je suis du genre à acheter mes CDs, et plein en plus).

C’était l’époque des virées en moto avec mon chevalier roux, les béquilles sous le bras, ustensiles s’étant avérés des plus pratiques pour se signaler de loin à mes comparses amateurs de rock en seine lorsqu’il fallait se retrouver dans la foule. L’ascension claudiquante de mes 5 étages sans ascenseur  m’avait permis de me forger un torse d’acier, que les nécessités de l’hiver m’ont poussé à remplacer par quelques poignées d’amour chaleureuses.
J’ai aussi pu apprécier le calme de  l’été parisien avec les quelques surbookés ou sans le sous qui erraient comme moi à la recherche d’une terrasse à mojitos ouverte quand la plupart d’entre vous se la coulait douce dans le sud.

Ça m’a surtout forcé à prendre le temps, j’avais presque oublié à quel point c’était bon.

Adieu donc, petits clous au final salvateurs,  je ne pousserai pas le vice jusqu’à vous conserver dans un petit bocal, telle une relique de ces quelques mois si particuliers, faut pas non plus déconner.

06 jan, 2010

Merci Simone

Posté par: Guewen Dans : Divers

Je suis devenu féministe le jour où j’ai compris qu’il s’agissait du meilleur moyen d’avoir une condition masculine digne de ce nom.
Soyons clairs : avoir une compagne ayant préféré Le Deuxième Sexe à Martine présente des avantages certains pour le sexe dit fort.

Il ne m’est donc plus nécessaire de porter un sac chargé d’onguents et autres électroménagers à vocation capillaire ou de trainer une valise pouvant contenir de quoi habiller une quinzaine de demoiselles pendant un mois lorsque nous partons en week end puisqu’être indépendante, c’est conspuer ce concept hasbeen et au fond bien macho qu’est la galanterie.
Il m’est devenu complètement futile de jouer à l’homme protecteur depuis qu’elle prend des cours de self défense lui permettant de m’arracher la tête avec le seul petit doigt de sa main gauche (elle est droitière).
Je ne peux plus espérer me la jouer façon vieille pub coca-cola en essuyant la sueur de mon front avec mon t shirt suite à un déménagement depuis qu’elle travaille et gagne mieux sa vie que moi, s’offrant les services d’une bande de déménageurs mieux gaulés que son freluquet de compagnon.

Simone nous a libéré physiquement, nous les hommes qui ne pratiquons le sport qu’affalés au fond d’un canapé, le paquet de chips reposant sur une bedaine alimentée régulièrement par la main ne tenant pas la télécommande.

C’est moi qui garde le foyer pendant qu’elle part en virée avec ses copines et qui lui prépare affectueusement un Alka Seltzer en lui ôtant délicatement ses bottes alors qu’elle me raconte sa soirée dans une langue où se mélangent bizarrement voyelles et consonnes, le tout en ayant perdu toute notion d’articulation.
Je n’ai plus à l’attendre ou à finauder en lui donnant rendez vous un quart d’heure avant le véritable horaire de nos rencontres programmées depuis qu’elle a synchronisé son Blackberry avec son MacBook et qu’elle peut raconter à sa meilleure amie à quel point les soldes sont oufs malades chez Zara tout en marchant via son oreillette Bluetooth.
Je ne suis plus condamné à faire le pied de grue devant les grands magasins les jours de soldes, à attendre dans un espace dédié (avec des fauteuils confortables et des AutoPlus) avec mes congénères le moment où la vendeuse viendra nous chercher pour régler la note et porter les sacs emplis de ce qu’elle aura mis 3 heures à choisir avant de tout prendre. La femme moderne fait désormais ses achats sur Ventes Privées ou Sarenza en ligne, squattant allègrement ce PC qui fut jadis ma terre d’asile.

Grâce à Simone j’ai du temps pour moi, je n’ai plus à m’en vouloir quand je l’abandonne pour une soirée pizza bière foot chez des amis, c’est même elle qui me dit que je devrai faire ça plus souvent.

Merci donc Simone de me permettre d’être un homme libre, tu n’auras jamais fait autant pour l’homme qu’en poussant la femme à s’émanciper.

Sur ce je vous laisse, faut que je finisse de faire le diner avant de me faire engueuler, et j’ai encore un peu de vaisselle à terminer.

30 déc, 2009

Kevin et le philosophe danois

Posté par: Guewen Dans : La question de Kevin

Je crois que c’est l’ami Albert qui a dit un jour que si on ne savait pas expliquer un concept à un enfant de 6 ans, alors c’est qu’on ne l’avait pas compris complètement. Si Albert avait vécu à notre époque, il aurait remplacé l’enfant de 6 ans par Kevin ou Jennifer, tant il est vrai que nos maternelles en sont remplies.
J’aurai donc du me méfier, lorsqu’après une discussion post-dinatoire je vis réapparaitre celui qui n’a pour unique ponctuation que le point d’interrogation, et que la charmante tête blonde, me regardant de ses yeux avides de connaissances et plein d’innocence, revint sur un nom incongru prononcé au détour d’un verre de vin : Kierkegaard (enfin, « Kikegad » pour le bambin).

Le regard accusateur de Kevin, potentiellement juge, me fit me rendre compte que je jouais peut être là ma crédibilité auprès de lui pour l’éternité, et que si je me débinais ou ne satisfaisais pas tout à fait à sa curiosité, jamais plus il ne se tournerait à nouveau vers moi, me classant définitivement dans la catégorie des adultes chiants et tout juste bons à agrémenter le sapin de quelques présents qui vous font regretter que le Père Noël n’existe pas pour de vrai.
Prenant mon courage à deux mains et conscient d’avoir trouvé là une bonne raison de ne pas faire la vaisselle, je décidais d’affronter Kevin et la belle phrase d’Albert.

Je fis donc monter le marmot sur une chaise, histoire de donner un peu solennelité à l’instant, je rallumais ma pipe (on se donne l’air sérieux comme on peut), pris une profonde inspiration en me resservant de ce délicieux Bordeaux, et commençais de mon air le plus sérieux :

-Tu veux donc savoir qui est Søren Kierkegaard mon garçon ?
-Oui tonton Gwenen, c’est qui Kikegad ? (Ce garçon a définitivement besoin d’un orthophoniste, et je suis pas son oncle, merde)
-Eh bien, vois tu,  Kierkegaard etait un grand blond qui vivait il y a longtemps dans un pays très froid, pas très loin de chez le Papa Noël. Il a écrit plein de gros livres sans images avec des mots compliqués et de grandes phrases dedans…
-Comme les livres avec Oui Oui ?
-Pire que ça mon enfant, c’est des livres que tu ne pourras lire que quand tu auras des poils tellement ils sont compliqués.
-Des livres pour les grands ?
-Voilà.
-Mais papa il a des livres pour les grands avec plein d’images de filles dedans sous son lit !
-Ah… Et euh, tu veux savoir ce qu’il écrivait dans ses gros livres sans images Kierkegaard ?
-Vi. (hochement de tête du gamin, les deux mains entourant son verre, vous regardant par en dessous avec un air très concentré, voyez ?)
-Est ce que tu as une amoureuse à l’école ? (note : c’est pas très open minded de lui demander s’il a une amoureuse,il pourrait très bien avoir un amoureux, mais bon. Et puis si je continue à être sympa peut être que c’est à moi qu’il demandera conseil pour son coming out dans quelques années)
-Vi, elle s’appelle Léa.
-D’accord. Et pouquoi Léa et pas une autre ?
-Parce que Léa elle a toujours des bonbons.
-Hum… oui mais c’est pas aussi parce que tu la trouves jolie, rigolote, intelligente ?
-Si, un peu, mais j’aime bien ses bonbons aussi.
-OK, bah Kierkegaard, il disait que parfois on fait des choses sans trop savoir pourquoi. Par exemple être amoureux d’une fille, ou croire au bon dieu…
-Le bon dieu il a des bonbons ?
-Je sais pas, tu demanderas ça à tata Bigote… est ce que tu es sûr que Léa c’est ton amoureuse ?
-Bah oui, elle a des bonbons…
-… Quand elle n’a pas de bonbons, tu l’aimes plus ?
-Euh… si, parce que peut être qu’après elle en aura. Kikegad, il aimait pas les bonbons ?
-Je sais pas… Il disait que demander à quelqu’un pourquoi il est amoureux c’était pas bien, que c’était parce qu’on ne pouvait pas l’expliquer qu’on était vraiment amoureux, tu vois ?
-Nan.
-Si Léa n’avait pas de bonbons pendant longtemps, peut être qu’elle serait quand même ton amoureuse. Tu vois ?
-Euh… Ma copine Manon elle a des bonbons aussi.
-…

Las, et constatant que la vaisselle était faite, je me débarassais du bambin en lui prétant mon iPhone. Cet enfoiré d’Albert avait raison, y a qu’avec une bonne bouteille du vin qu’on est capable de faire semblant d’avoir compris le concept de doute chez Kierkegaard.

16 déc, 2009

Weeklist #7

Posté par: Guewen Dans : Musique

On fait dans l’innovation, enfin pas tellement mais c’est un peu mon métier de faire passer pour innovant des trucs qui n’en sont pas.
Le truc nouveau c’est qu’on va faire du blogging invité, le truc pas vraiment nouveau c’est que c’était déjà le cas de la dernière weeklist.

Du coup tu as déjà deviné, j’ai embauché la fille aux chaussures rouges pour s’occuper des weeklists, advienne que pourra, qui vivra verra, tout ça tout ça, mais c’est ainsi, alea jacta est.

Elle est un peu plus cartésienne que moi, donc c’est thématique, et c’est 60’s. J’ai entendu parlé d’une playlist 80’s dans les couloirs de la rédac pour la prochaine fois.

Weeklist #7 !
Lien Deezer / Lien Spotify

Artiste / Album / Morceau

Franki Valli / / Can’t take my eyes off you
Parce que c’est la version originale, parce que cette chanson est canon, et parce qu’il faut savoir assumer d’être un brin romantico-cucu-la-praline.

Serge Gainsbourg (en duo avec Jean-Claude Brialy) / Anna / Un poison violent, c’est ça l’amour
Parce que c’est issu d’un film-concept génial avec la sublime Anna Karina, que c’est canon et aussi parce que les paroles compenssent le côté fleur bleue de la chanson précédente. Un bout de la vidéo (le générique), ici.

Otis Redding / / I’ve been loving you too long
Du bon vieux classique, mais en préchauffe de la Surpat c’est plutôt cool.

Bob Dylan / Highway 61 revisited / Like a rolling stone
Classique !

Simon & Garfunkel / Sounds of Silence / I am a rock
Toi aussi, cours tout nu dans la grande prairie avec un sourire béat aux lèvres.

Scott McKenzie (des Mamas&Papas) / / San Francisco (Be Sure to Wear Flowers in Your Hair)
La « positive attitude » de l’époque, en quelques sortes.

The Animals / / The house of the rising sun
Là  encore c’est un bon gros classique, la tarte à la crème quoi…

Jefferson Airplane / Surrealistic Pillow / White rabbit
Ca monte ça monte, ça monte…

Jimi Hendrix/ Live at woodstock / Foxey lady
Parce que mon père l’a vu l’année avant Woodstock, au festival de l’ile de Wight, et que quand il m’en parle on voit qu’il s’en est toujours pas remis !

07 déc, 2009

Le Concert

Posté par: Guewen Dans : Musique

Je ne suis pas un grand amateur de cinéma en salle, d’une part parce que je trouve ça hors de prix, mais aussi et surtout parce que je me sens bien mieux vautré au fond d’un canapé avec mes cigarettes, un frigo, une couette et autres joyeusetés qui font le confort d’un habitat moderne.
J’ai cependant succombé aux charmes de la bande annonce du Concert (et surtout à ceux de la fille aux chaussures rouges, je te l’accorde).

Le film a cela de déroutant qu’il oscille constamment entre comédie burlesque post soviétique et drame un chouilla patos. Ça donne des moments vraiment drôles au milieu de récits larmoyants, sur fond de chute de communisme et surtout d’une bande son de qualité.

Le cinéma et ses bandes originales ont le mérite de pousser à nos douces oreilles des airs classiques, composés pour l’occasion ou utilisant à volo un fond musical libre de droits.
Le Concert est quant à lui porté par des versions orchestrales de quelques classiques du genre et des compositions d’Armand Amar, avec pour point d’orgue le concerto pour violon en Ré Majeur de Tchaïkovski en version raccourcie.
Le réalisateur a osé le pari risqué de construire le dernier acte du film autour de ce fameux concerto, sans que cela choque puisqu’il y glisse des éléments nous épargnant quelques longues minutes de reveal et autres épilogues.
Si en soi ce concerto est déjà monstrueusement jouissif, la qualité de l’interprétation par l’orchestre et la soliste (Sarah Nemtanu ?) conjuguée à la puissance sonore qu’offre un cinéma rendent ces dernières minutes très prenantes, on regrettera presque la voix off qui continue le récit.

Le côté dramatique du film est construit autour de ce fameux concerto, de cette fameuse recherche de l’harmonie parfaite. Je ne m’y connais pas assez pour certifier que l’interprétation et la production soient vraiment bonnes, mais au fond de mon fauteuil, j’ai été pris au jeu, voire plus.

Cela m’étonnera toujours que des types se soient mis un jour à penser et écrire des œuvres si monumentales, à tous les points de vue. Cela m’étonnera toujours que d’autres dépassent la difficulté technique pour interpréter ces partitions de manière si magistrale.
J’ai beau te proposer ci et la quelques sélections contemporaines, onduler mon booty à des concerts, m’égosiller régulièrement sur du East 17, gratouiller la guitare, tâtonner du piano, slapoter la basse et tapoter de la batterie, tu me mets un violon qui envoie avec ses petits copains et je deviens un loukoum avec les yeux qui brillent.

Le film pourrait être bancal, il finit par plutôt bien marcher, moi il m’a donné la furieuse envie d’abandonner pour quelques temps Atlantic Records, Epitaph ou Geffen pour Deutsch Grammophon, de là à ce que tu me croises à Pleyel, il n’y a qu’un pas.

Désolé pour cet interlude téléramesque, mais après avoir ri sur un simple « coucou« , il fallait que je sois un peu poétique.


  • cheesecake: Oui, je suis assez d'accord.. jolie prose! Ai découvert ce lieu par pénélope et sa vie fascinante, et puis ai beaucoup aimé les weeklists et le
  • All: Sympa ton billet, ce genre de break imposé amène toujours à réfléchir sur soi. On ne se connait pas, mais je suis heureux pour toi que tout ceci
  • Noémie: @5 Votre nom : Faux, et ce, depuis 1993 ! L 'Académie française a publié au JO n°85 du 20/10/1993 une partie de la neuvième édition du dictio

Le futur en images

    Looking Out to the OceanLooking Out to the OceaniMacLooking Out to the OceanRoad AheadRoad Ahead

Prospectivite ?

Parce que je suis un grand bavard tout seul dans ma tête, et qu'à la fin, j'en ai assez de me demander pourquoi.